Pour trouver une idée, il faut du temps !

Or, nous sommes toujours  pressés, toujours plus pressés  et courons après……… après quoi ?

Cela est bien ennuyeux  pour nous, qui finissons  parfois  par ne plus savoir quel était notre désir à l’origine, mais cela est “désastreux” pour les enfants. Parce que les parents sont fatigués par leur rythme effréné, coupables de ne pas se sentir disponibles, ils “remplissent le temps de leurs enfants” d’activités et de jouets.

Aujourd’hui, un enfant ne peut pas s’ennuyer. Tout est donc prévu pour remplir son temps. Les adultes vont au devant de ses désirs. Ainsi par exemple, s’ils achètent une maison, ils y installent une cabane au fond du jardin “pour les enfants” et l’aménagent eux-mêmes. Les enfants désinvestissent  très vite ce lieu,  ce qui fait dire à leurs parents que “la jeunesse d’aujourd’hui est blasée”. Mais quel est leur espace d’expression dans un lieu ainsi “offert” ?

Beaucoup de jeux ne font pas appel à la créativité de l’enfant qui  s’en lasse très vite. Il en faut de nouveau et nous rentrons dans le cycle infernal du”toujours plus” et de l’insatisfaction perpétuelle. Quel est l’espace de rêve, d’invention, de création quand tout est apporté sur un plateau ?

Je me souviens d’un après midi  où nous avions décidé d’emmener les enfants en balade. A peine avions nous quitté la maison que nous découvrions  une rigole qui traversait le chemin. Je leur racontais combien, enfant, j’avais passé de temps à inventer des jeux : un vieux mur était le champ d’aventures incroyables pour quelques minuscules personnages…. Est-ce l’ évocation enthousiaste de ces souvenirs qui les a inspirés ? ils se sont attelés à modifier le cours de ce  ruisseau augmentant ou ralentissant son rythme, avec un sérieux et une concentration étonnante, absorbés dans leur histoire. Inutile d’aller plus loin, à quelques pas de la maison,  ils  ont voyagé à des milles de là durant tout un après midi, oubliant notre présence, complètement absorbés par leur rêve avec,  pour tout support à leur jeu,  une rigole, un bâton et leur capacité à rêver. Je les observais et je voyais dans cette concentration “sans mots ou si peu ” l’aventure qu’ils vivaient, le monde qu’ils construisaient.

Tout enfant a cela en lui si on laisse l’espace pour……

Un enfant ne peut pas attendre. Il s’impatiente, trépigne, tire sur la manche de sa mère….. Vite, il faut lui donner quelque chose pour assouvir cette anxiété. Tout est fait dans notre société pour “combler”. Or est-ce que des objets peuvent combler ? combler quoi ? l’absence, l’angoisse existentielle ? la peur de se retrouver en tête à tête avec soi-même? la peur du vide ?

Quel espace pour un bon compagnonnage avec soi quand la TV , l’ordinateur envahissent tout ? dans un monde de bruit et de sollicitations incessantes ?

Françoise Dolto parlait de l’importance des déplacements” à pieds”,  notamment pour aller à l’école, qui servaient de sas de décompression, de passage entre privé et public. Marcher en “conscience” pourrait on dire ? voir la succession des saisons dans le brin d’herbe, la mousse, la vie entre  les pierres, être absorbé par cette vie . Poser son pied sur le sol, sentir ce contact intuitivement. Etre dans le temps présent, simplement là, ancré; dans une rencontre avec soi sans mots mais bien réelle, temps de construction interne.

Cet espace-temps qui peut sembler vide est un espace de  construction où l’ on imagine, on invente. Il y a toujours un moment d’angoisse dans “l’entre deux”, face à  l’inconnu mais ce temps est obligatoire et nécessaire pour aller vers de nouvelles découvertes, de nouveaux apprentissages,  et plus l’enfant est habitué à y faire face, mieux il pourra le gérer et trouver des réponses.

Le manque rend créatif  : si je veux vraiment quelque chose que je n’ai pas, je vais chercher en moi une solution mais cela demande l’apprentissage d’une certaine frustration ( celle de ne pas avoir tout et tout de suite), de la persévérance et une détermination qui conduit à développer de nouvelles ressources. Tant que l’adulte veut et croit juste de répondre à tous les désirs de l’enfant, celui-ci ne peut pas développer son potentiel. Il lui faut tout, tout de suite et il ne sait pas alors qu’il a tant de ressources en lui.

Alors oui,  je fais l’apologie de l’attente.  L’enfant se fâche : “je m’ennuie”, il veut et tout de suite mais si l’adulte l’encourage, l’accompagne ( oui je pense que l’adulte   est un accompagnant, un facilitateur)  l’enfant développera de formidables capacités .  Il se fortifiera.  Mais cela veut dire que les adultes eux aussi peuvent vivre cette situation d’inconfort que provoque l’absence immédiate de projets : “ne pas être toujours dans le faire” voilà qui est difficile et bien souvent source d’angoisse.

Prendre le temps cela m’évoque savourer, être là dans l’instant présent. Je pense à tous ces enfants qui se lèvent tôt le matin pour aller chez la nourrice ou à la garderie  puis à l’école puis à la cantine puis à l’école puis à la garderie du soir puis….. à la maison. Et je m’interroge sur le sens de tout cela.

Qu’est-ce que nous leur faisons vivre? quelle qualité de vie, de relations ? à quel monde les préparons nous ?

Ce qu’ils vivent n’est-il pas le reflet de ce que nous vivons nous-mêmes ?

L’organisation du travail, ce stress des adultes n’a-t-il pas des conséquences sur  l’excitation  de beaucoup d’enfants ?

Ne faut il pas s’interroger sur la demande de notre société d’une hyper efficacité de

chaque instant dans le travail des adultes ? une efficacité de chaque instant, sans ce que j’appelle “des entre deux” c’est à dire des temps de pauses, qui permettent de se détendre un peu, d’échanger, de créer du lien.

N’y aurait il pas là quelque chose “d’inhumain” ?

Je reviens du Vietnam et un français installé là- bas me disait que “les vietnamiens font à 3 ce qu’un français fait seul”: peut-être  mais tout le monde travaille et si une mère s’absente parce que son enfant est malade, elle s’absente et le travail se fait quand même. Alors ?

A force de tout anticiper, de tout organiser, n’avons nous pas perdu de notre humanité ? de notre sensibilité ? avec des conséquences graves sur nos enfants ?

Je crois qu’il est urgent de s’interroger sur ce que nous voulons transmettre à nos enfants et cela ne passe -t-il pas  par une réflexion sur nous mêmes et le sens de notre vie ?

chaleureusement votre

Evelyne

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pourquoi ce blog?

J’ai toujours eu des choses à dire, des choses qui me semblent suffisamment importantes pour les transmettre à d’autres et pour m’engager dans un échange qui, je l’espère, nous permettra d’avancer en s’enrichissant des apports de chacun ……..

car sans “l’autre” je ne suis rien..

Alors voilà: grâce à la patience de Chloé ( qui m’a expliqué de nouveau la procédure) , je pose cet acte, le premier.

De mes années d’école: que m’est-il resté?
J’ai passé mon bac. Je l’ai eu ( ce qui a fait la fierté de mon père  qui voulait que ses filles étudient et puissent s’assumer).  Mais force est de constater que le lendemain de ce grand jour: j’avais tout oublié ou presque…. Il me restait les souvenirs de quelque poète romantique et des essais de Rousseau . Cela fait bien peu pour tant d’années passées sur les bancs de l’école avec parfois: une rencontre un peu plus heureuse avec une institutrice ou un professeur et d’autres, la plupart, bien tristes.
J’étais en CM2, mauvaise élève depuis bien des années. Ma mère souhaitait rencontrer mon enseignante qui me terrorisait et avait choisi le jour de la kermesse pour s’exécuter. J’étais tétanisée mais, faisant un rapide bilan, je me rassurais en constatant que mes résultats étaient en légère progression. Elle ne pourrait que le reconnaître. Je reverrai toujours la cour. La rencontre fut terrible: pas un seul mot en ma faveur  ne fut prononcé aucune chance ne me fut accordée. RIEN, LE NEANT. Ma mère et ma soeur saluèrent la maîtresse et continuèrent leur chemin , me laissant là, VIDE, SANS LARME,  SANS CRI , SANS EMOTION, SANS VIE .

La VIE. Je continuais à traverser la vie, ma vie sans rien ressentir. Je m’échappais par le rêve et le jeu et seule l’idée de sauver le monde pouvait me sortir de ma torpeur: une torpeur qui me faisait dormir là où on me posait: à côté de la grosse caisse, au cinéma, dans la famille…..Il faut dire que le grand sujet de conversation des repas était la vie des autres et leurs ennuis ( la fille un tel qui s’était retrouvée enceinte…..). Cela ne m’intéressait pas. Je ne sortais de cette léthargie que rarement , pour de grandes causes  et ma mère disait “Ah! elle est bien comme son père, toujours de grandes idées, à vouloir sauver le monde” …….. et je sentais que ce n’était pas là un compliment car , dans une famille de commerçants, on a bien d’autres choses à faire que de lire, rêver, flâner….  Il ne faut pas perdre de temps ; enfin cela a été vrai à l’adolescence   ( et puis elle en profitait pour régler ses comptes avec  mon père) .

Par contre, pendant notre petite enfance, avec ma plus jeune soeur, nous avons beaucoup, beaucoup joué, inventé des histoires, créé , et nos parents respectaient alors ce jeu. J’ai de magnifiques souvenirs de cette époque.

Nos parents travaillaient beaucoup aussi il nous fallait attendre et cela était une grande richesse car nous finissions toujours par trouver une idée. Or pour trouver une idée, il faut du temps. Tantôt nous transformions la vielle banque du magasin en car et nous devenions conducteur ou receveur, vieux sac de maman en bandoulière, soit nous étions boulangères et construisions toutes sortes de pain avec du sable, du journal et de la ficelle ou bien encore,  avec des morceaux de tissus disposés sur la table de jardin, n ous passions la journée à construire une cabane. En fait ces constructions étaient une fin en soi et occupaient toutes nos journées. Nous débordions d’imagination !!! nous étions sissi impératrice ou passagère du bateau “le France “et notre jeu se poursuivait  encore sur le chemin qui nous menait à l’église, le dimanche matin. Oui nous avons beaucoup joué, rêvé, inventé.

Mais revenons à l’école. J’ai donc eu mon bac car c’était le désir de mon père et une façon de me faire une place mais il n’y avait pas “d’après bac” car mon père n’avait plus d’attente : un bac ce n’était déjà pas mal !!!!!

Alors quoi ? :

“elle aime les enfants, elle fera une bonne institutrice et aura la sécurité de l’emploi”

ce qui n’est pas rien pour des commerçants qui travaillent tout le temps ou presque. A aucun moment je n’ai imaginé aller contre. Jamais la moindre rébellion: ne pas faire de bruit, se faire oublier, “on me parlait” et cela ne provoquait aucune réaction de ma part, aucune rébellion. Je me souviens de mon inscription au lycée. Des amis de mes parents, enseignants, avaient parlé d’un lycée mixte, l’un des premiers. Dans la voiture  où ma soeur aînée occupait la place à l’avant entre mes parents, la conversation tournait autour du choix d’un établissement pour que je continue mes études. Je ne disais rien, surtout rien car, si j’avais exprimé le désir d’entrer dans ce lycée, on ne m’y aurait pas inscrite disant que je voulais y aller pour être avec les garçons. Alors “chut”, pas de bruit, silence radio. Laisse les faire. Ils te décident, cela est normal comme le reste.
Je n’ai pas eu une enfance malheureuse car j’ai tiré des avantages “secondaires” comme on dit de cette situation. Je pouvais rêver à souhait et m’exprimer à-travers le dessin, la peinture …… Comme on attendait rien de moi, je n’avais pas à me forcer ce qui pouvait, au premier abord, sembler très confortable. Je me souviens d’une commission que ma mère m’avait demandé de faire. Je m’en étais souvenue mais je ne l’avais pas faite en me disant: “ils savent que je suis étourdie”. Je suis rentrée, ma mère m’a demandé si je m’étais excutée et ne s’est pas étonnée ni fâchée de mon oubli qui était “normal” . Mais cela explique sans doute cette habitude de mentir et de raconter des histoires incroyables où rêve et réalité se confondaient. J’inventais beaucoup : une grande famille qui avait besoin de moi, des responsabilités, mille histoires dont j’étais l’héroïne. Je racontais cela à des inconnus ou des camarades de classe et “j’y croyais vraiment”. Mais j’ai appris aussi la fuite dans le rêve et la non confrontation à la réalité  . Cela est terrible ” ne pas regarder les choses en face ” et… un piège.

J’ai grandi et tout cela m’a fait réfléchir:

-  pourquoi je ne travaillais pas bien ?  est-ce qu’apprendre à l’école avait un sens pour moi ?
- comment ai-je pu passer d’ élève “nulle “en CM2 à ” bonne élève” en 2ème CM2″ ??? parce-que la 2ème maîtresse était gentille ??????

- comment peut-on aller à l’école tant d’années et en garder si peu de connaissances ?

- quel est l’impact du regard de l’adulte  sur l’enfant ?

- quel espace d’expression laisse-t-on à l’enfant pour qu’il se construise ?

- comment l’enfant réussit-il à se construire au milieu de tout cela ?

- A quoi ça sert l’école ?

J’ai toujours eu un sens aigu de l’injustice et une âme de sauveur: défendant la veuve et l’orphelin; une sensibilité à fleur de peau comme on dit, sans doute liée à la blessure que j’avais en moi et un besoin de “veiller sur l’enfant pour le protéger”. Oui, même à distance: j’ai toujours “veillé”.

Mes parents se servaient de la religion comme d’une nourrice. “Dieu voyait tout de là-haut “et nous étions donc bien gardées. Ils n’allaient pas à l’église mais nous ont donné une éducation religieuse. Nous avons donc été élevées chez les soeurs et de ces années là , je garde le souvenir de la chapelle où j’aimais aller m’isoler pendant la récréation. Et puisqu’ils aimaient tant les curés, en grandissant je les ai beaucoup fréquentés et je peux dire qu’ils ont été ma bouffée d’oxygène. C’était la naissance  des prêtres ouvriers . Il y avait parmi eux un noir ; il venait me chercher à la maison pour les réunions des ados. Nous abordions beaucoup de sujets , sujets qu’il était impossible d’aborder à la maison. Il arriva un jour, habillé en civil, arborant un grand sourire . C’est ma grand-mère qui lui ouvrit et faillit faire un malaise en le voyant : “on aura tout vu !!!!!”. Mais comment auraient-ils pu me priver de ce qui avait été le soutien à leur éducation? ils étaient donc pris à leur propre piège et la vie me fit ainsi de temps en temps des clins d’oeil pour me soutenir.

Mais revenons à l’éducation :

Tout ce que j’ai vécu pendant ces années là a laissé des traces:

Aujourd’hui j’ai toujours cette hyper sensibilité, cette “insupportabilité” à la maltraitance, aux vexations, au non respect.

J’ai aussi en moi cette vie qui habitait mes parents: ce goût pour la fête, le chant et la danse car nos parents aimaient la VIE et, bien que travaillant beaucoup, ils trouvaient le temps de nous sortir .

Ce qui m’a manqué c’est “qu’on s’adresse à moi”, de “l’attention”  à moi  Evelyne, de ne pas avoir été “reconnue” mais seulement   un élément d’ un ensemble de trois. Ce qui m’a manqué c’est l’absence de choix, la difficulté en grandissant, à me positionner, à me faire respecter, à me faire entendre, à dire “je”, à me faire confiance. J’aurais tant voulu qu’on me demande mon avis!  Cela ne s’est pas fait et je prends conscience de ce que “j’ai reproduit” …….J’ai été très longtemps dans la soumission à la volonté des autres et la route a été longue pour arriver à la reconnaissance de qui j’étais vraiment, au “je”, au choix, au respect de moi-même et je travaille chaque jour à cela et c’est magnifique car ce travail d’introspection et de progression est sans fin : ” on peut toujours améliorer sa relation aux autres et au monde”.
Heureusement ” la vie est  belle et nous n’avons peur de rien”.

Tout peut changer, aujourd’hui je sais que j’ai le choix et que j’ai été aimée. Simplement mes parents avaient aussi leur histoire. Il y avait beaucoup de “non dits”; il ne fallait pas faire de bruit, de vagues, rester digne, “faire comme si de rien était” : cela s’appliquait à eux aussi mais il y avait aussi beaucoup d’amour même si je ne le savais pas alors ou si cet amour là “m’étouffait”.

Je suis ce que je suis, un peu d’eux, du grand père paternel, de la grand mère maternelle et de mes rencontres, de mes amitiés, de mes amours. Je suis moi et chaque jour je grandis un peu plus. Je lutte contre les parties obscures, contre les répétitions qui me collent à la peau  et dont j’essaie de me défaire mais qui , en même temps me parlent de l’être humain qui est en chacun de nous et me permettent de le comprendre un peu.

Sans doute toute cette recherche sur mon identité, toutes mes interrogations sur mon histoire sont à l’origine de ma passion pour l’être humain et tout particulièrement l’enfant en construction. Alors , retraite ou pas , je ne me départirai jamais de cette recherche incessante  qui me passionne car au-delà de ma profession , je serai toujours en réflexion et en passion sur “qui sommes nous ? comment nous construisons nous? comment accompagner les enfants , êtres à la fois fragiles et solides sur ce chemin de croissance”. Peut-être et sans doute, mon histoire et “ce manque de mots responsable de tant de maux dont j’ai tant souffert et que j’ai reproduit” feront que toute ma vie, je m’interrogerai sur ce qui est juste et bon pour l’homme et source de progrès et d’abondance d’amour et de VIE”.
Si j’ai ainsi parlé de moi dans cette présentation, c’est parce que cela me semblait indispensable de me présenter en livrant  un peu de moi même, un peu de ce qui m’a conduit à cette réflexion sur l’école mais plus globalement sur l’éducation. Si nous ne sommes pas coupables, nous sommes responsables de nos enfants et il n’est jamais trop tard pour en prendre conscience et agir.

chaleureusement votre. Evelyne

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